Me voilà. Je n'avais pas oublié ce cahier de rêves, mais je n'osais plus trop y mettre les pieds, par pudeur et par mutisme.
Le dernier message a plus de deux ans. Nous sommes à la fin du mois de décembre 2011. Depuis, j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup vécu. J'ai aimé, j'ai pleuré ; j'ai rencontré des personnes merveilleuses, j'ai souffert ; j'ai tourné des pages et des pages et j'ai écrit des lignes et des lignes ; j'ai douté et j'ai cru ; j'ai été en paix et j'ai été en guerre ; j'ai dormi dans plusieurs lits, dans plusieurs chambres, dans plusieurs villes ; j'ai erré et j'ai trouvé. Et j'ai toujours su que tout allait continuer et que chaque nouvelle étape était portée par toutes les étapes précédentes.
Depuis tout ce temps, j'ai vécu deux khâgnes. Expérience fascinante, merveilleuse, croissance intellectuelle de chaque instant. Liste immense de savoirs, savoirs intellectuels, savoirs spirituels, savoirs émotionnels, savoirs humains. Quel incroyable réceptacle que l'esprit...
Et au terme de tous ces efforts, j'ai eu le bonheur d'intégrer l'École de la rue d'Ulm. Réussite étrange, difficile à cerner, réalité élastique que j'essaye d'adjoindre, de faire adhérer à mon existence. Nouvelle aventure qui me passionne déjà et me happe toute entière.
Peut-être en reparlerons-nous ?
J'aime tous ceux qui me lisent !
Publié par Hada à 13:30:03 dans Délires kafkaïens | Commentaires (1) | Permaliens
Sais-je encore écrire ?
Vous en doutez peut-être, et moi aussi. Je donne des nouvelles à tout hasard, parce que cela m'amuse. Mais elles seront fausses (ce que l'on écrit est faux. Mais chut).
Il faudrait faire un bilan, mais ce serait fatiguant comme tout.
J'habite à Paris, les cours sont finis. (Oui, la rime est mauvaise).
Il fait chaud et je marche, très lentement, à côté d'une dame âgée qui me raconte sa vie ; et nous parlons d'amour et de livres, parfois de mort ou de religions. Nous prenons le trottoir où il y a plus le plus d'ombre et lorsqu'elle est fatiguée, nous nous asseyons sur un banc.
Est-ce que je sais, moi, où je serai dans quelques mois ?
Nous avons nos rituels, je n'oublie jamais de fermer le robinet du gaz avant d'aller dormir, ni de tourner le second verrou ; je m'assieds en tailleur au petit-déjeuner et je fais la vaisselle après qu'elle m'a dit "Oh, ne m'attendez pas !".
Je vais au musée ou au cinéma lorsque j'en ai envie, je fais semblant d'être une intellectuelle et je ne pense plus vraiment à toutes ces choses compliquées, ou alors je ne m'en rends plus compte. Parfois je me dis "Ah, si j'avais su à l'époque à quel point j'étais heureuse !", mais qu'est-ce que j'en sais, que dirai-je dans un an, dans six mois ?
Le bonheur est-il autre chose ou est-il là ?
J'ai des projets et des envies, des espoirs et des rêves.
En août, je pars à Deauville. Nous verrons si je survis. C'est ironique, en fait. Juillet : la vieillesse. Août : l'enfance. Et septembre : l'adolescence tardive ? Qu'est-ce qui sera le plus intéressant ?
Déjà, je n'ai plus que Ça à dire. Alors ne le disons pas !
Publié par Hada à 18:07:03 dans News | Commentaires (1) | Permaliens
J'ai comme l'impression que quelqu'un regarde par dessus mon épaule. Une boule pesante qui a envie de crier. Ahhhh.
J'ai envie de partir dans les Tropiques, un pays où le soleil regarde les plantes pousser et s'étonne qu'elles ne volent pas sur les nuages. Peut-être qu'alors, j'aurais envie de rire, que ce désir de pleurer qui m'assomme de sommeil fondra dans l'eau turquoise . Les plages de sable blanc sont pleines de silences, les crissements de l'eau caressent chaque grain, qui roule jusqu'au fond de l'épiderme marin.
Il n'y a que toi qui sache comment m'alléger le coeur. J'ai besoin d'un long voyage, qui fasse le tour du monde. Je regrette les temps passés, mais le regret est si sucré, si doux et comme un analgésique, que j'oublie jusqu'à sa saveur, comme un bonbon que l'on aurait trop sucé. Dis moi encore où sont ces jours, brûlants d'espoirs et trempés dans l'huile, ceux qui me donnaient envie de luire, ceux que je croyais vouloir fuir.
L'espoir est là, il est là, mais je l'ai perdu parce qu'il est trop là, il est là partout. L'espoir meurt en rythme, sans lui je respire mieux. Ne me dis pas que j'ai envie de crier. La boule pesante et poilue, piquée d'antennes frémissantes, sa chair très blanche et sa fourrure, à la base d'un blanc gluant, au sommet d'un noir luisant, c'est elle qui a envie de crier. Les antennes se recroquevillent, écartent les chairs d'albâtre en une blessure rouge au fond de laquelle bat un sang crispé qui gicle un peu. Elle éjacule un cri sans mots, un cri strident qui entraîne avec lui, en un frisson d'angoisse et d'agacement, toutes les fureurs et toutes les peurs réprimées, celles qui bouillonnent en de gluants clapotis qui explosent avec un bruit de pustules visqueuses.
Mais je ne parle pas du jour, celui qui s'étend comme une étole d'azur, celui qui a le goût d'un printemps précoce. C'est une recette à la cannelle. Voilà ce que j'aimerais dire. La lumière est propre à travers les grandes fenêtres, un rayon naît du front très sage et éblouit les yeux d'un mystère que résout l'épiphanie d'un sourire. Je parle de ce jour sans présent, ce jour que je vis chaque nuit, pendant la seconde où mon rêve s'hallucine en une prémonition.
J'ai envie de te donner la chaleur des crépuscules hivernaux. La chandelle allumée qui vacille une promesse, une auréole dorée tombe sur la table et s'y étale avec une familiarité toute voluptueuse. Un tableau accroché au mur, avec un fond de verdure et quelques silhouettes reflète la lumière sur la porte. La table est mise pour trois ou quatre personnes, cela dépend encore de son humeur après que l'alarme se déclenche dans la cuisine.
Un silence précède le frémissement de la sonnerie, l'aspiration immense d'un soupir encore retenu protège la salle et contracte tous ses muscles. Dehors, des pas assourdis montent l'escalier, s'arrêtent sur le palier et tapotent des pieds, faisant tomber un peu de neige, puis ils reprennent leur ascension. La contraction devient une tension peu à peu exaspérante. Une forme gémit dans l'une des chambres, le bruit étouffé d'un bras qui retombe dans l'épaisseur des draps, le corps tente de repousser l'épaisse couche de chaleur, mais elle ne provient pas des couvertures. L'insupportable cliquetis d'une pendule, son balancier régulier et inexorable, persiste à chronométrer l'attente.
Une clé enfin, sortie d'une poche, approche de la serrure et toute la maisonnée se bande, la libération lui paraît maintenant plus douloureuse encore que l'attente, elle retient le cri qui précède l'impact, elle se fige brutalement. La main, insconsciente du péril et un peu essoufflée, retarde d'encore un instant le contact à la recherche de la lumière. L'interrupteur grésille, la clé s'insère dans la serrure, la poignée s'abaisse. Il y a l'éternité d'un instant d'appréhension horrible. La forme dans l'une des chambres se débat mollement contre toute cette énergie de plomb fondu qui l'oppresse et l'étouffe. Il faudrait que toute cette pression s'évanouisse pour la laisser respirer, mais ses faibles forces sont prêtes à céder au moindre choc.
Toute une tragédie se joue dans l'hésitation mortelle où la bougie fait miroiter le cadre, éclairant les silhouettes souriantes, allongées dans l'herbe, et qui se tiennent par la main. La porte s'ouvre très lentement comme pour ne pas troubler le silence. La tension s'abaisse en douceur, toutes les choses crispées se détendent, l'alarme sonne et deux enfants sortent en courant de l'autre chambre, où ils lisaient silencieusement, assoupis presque dans le pays de leur imagination. Un rire les accueille et ils s'accrochent avec joie à l'homme qui les soulève et les jette gentiment par terre, comme des chatons. Les enfants l'attirent au sol, grimpent sur son ventre, chatouillent son cou. Cela dure quelques minutes, les choses résonnent. Ils jouent tant et si bien qu'essoufflés, ils finissent tous allongés sur le tapis, rieurs, en se tenant la main. Finalement, l'homme se relève, il est si grand que son regard rencontre la photographie suspendue au mur, il y rencontre un sourire amoureux plein de vitalité. La forme, comme pressentant cette rassurante pensée, s'exhale en un dernier soupir.
Publié par Hada à 18:16:11 dans So what ? | Commentaires (0) | Permaliens
Sait-on vraiment, tous ces silences qui se cachaient dans nos souffles, murmurant sans arrêt le souvenir d'autres lieux, d'autres personnes qui savent vivre sans nous ?
Weihnachtsfest. Le lycée qui s'élève tout à coup à la vue, avec ses bâtiments hauts et gris, que j'ai si souvent regardés avec un serrement au coeur. Les choses avaient un goût de calme et de mélancolie.
Dans le couloir, derrière la porte fermée, la voix aux intonations encore présentes à ma mémoire, qui dit ces mêmes choses, que je n'avais pas oubliée mais dont je ne me souvenais plus vraiment. J'ai écouté en silence, les yeux fermées, revenue aux temps où j'étais assise là, où je ne concevais pas encore autre chose, où le futur n'était pour moi qu'un monde vaste et flou que j'avais hâte de connaître, comme on finit toujours par avoir hâte de toucher l'halo brûlant des interdits.
Êtres anciens qui existent toujours, comme un passé sans fin, un temps d'ailleurs. Dont il faut toucher le visage, les mains, le coeur, pour s'assurer qu'ils sont vraiment là, qu'ils existent encore, qu'ils sont encore eux.
Mais c'est l'émotion qui existe plus encore que ces contacts rassurants mais éphémères. La joie d'être là, d'être cet autre soi qui s'était atrophié, qui s'était retiré dans un boudoir secret aux voilages dorés.
Ce sentiment ému face à ces êtres qui grandissent, qui changent, qui nous étonnent profondément parce qu'ils ont su devenir eux-mêmes d'une façon encore plus pleine et entière que l'on ne l'aurait cru possible.
"Alors, il a beaucoup changé, depuis que tu le connais ?
- Oh, non, il n'a pas changé. Enfin, si, bien sûr, mais il a gardé tout ce qui faisait de lui quelqu'un de bien."
Publié par Hada à 09:52:21 dans Inside | Commentaires (1) | Permaliens
Les voyages en train sont des départs inachevés. J'accueille la gare avec cette angoisse mêlée de soulagement avec laquelle on retrouve ces lieux familiers où l'on a vécu, aimé et souffert, comme un papillon de Nabokov épinglé sous ma peau.
Les voyages en train sont des aventures figées. Ces mille rencontres que je ne ferai pas me font scruter avec attention des visages inconnus et indifférents. Dans le reflet d'une vitre, je croise le visage qui est le mien aujourd'hui, il a le même regard que celui des autres. Je suis un colis au milieu de la foule.
Les voyages en train sont des étapes qui ne mènent nulle part. Les corps sans mouvements des passagers subissent en silence un déracinement à grande vitesse. Une force centrifuge aliène l'âme, la laisse déchirée comme la gare obscure par le vif argent du long serpent.
Mais est-ce que je sais, moi, de quoi je parle ? La gare, le train, les rails, j'aimerais que tout cela me mène plus loin, me mène ailleurs. Je pense à cette douleur fictive des êtres qui laissent derrière eux leur âme pour mieux parler de mon espoir vain de voir la mienne se décanter, se dissocier sous l'effet des vibrations fébriles de la machine à s'éloigner.
La France est belle, je pense que la France est belle, elle est belle. N'est-ce pas que la France est belle ? Il n'y a rien à faire, je pense que la France est belle mais cela ne suffit pas. Bien sûr que la France est belle, elle est belle comme ces choses sans paroles et sans limites, elle est belle à toute vitesse, elle est belle parce qu'elle existe, et oui, c'est déjà beaucoup, mais qu'est-ce que ça change, qu'elle soit belle, qu'elle ne le soit pas, que les arbres soient roux, que le ciel soit bleu avec des nuages gris qui tendent leurs longs doigts fins vers l'horizon, que les arbres et les nuages dessinent des lignes perpendiculaires qui entrent en collision comme des épées, les arbres étirés vers les ciel comme des mains avides, la France est belle parce qu'elle est avide et que tout ce qu'elle est ne saurait se résoudre à ce mot de France, à ces champs, ces plaines, ces petites rangées d'arbres, qui a planté les arbres, qui a semé les champs, des hommes habitent peut-être dans ces maisons qu'ils ont construites un jour, il y a longtemps, quand ils n'étaient pas nés et moi non plus, la France existait avant moi, elle sera là après, les éoliennes tournent lentement dans le vent, il y a donc du vent en France, un beau vent sur la France belle, la France est belle comme le vent qui fait tourner les éoliennes, qui a jamais eu l'idée idiote de dire que la France est belle, comme si c'était important, nécessaire, qu'elle soit belle, comme s'il fallait qu'elle soit belle pour que nous soyons heureux, que nous la regardions étrangement attendris, cette géante franchement laide, franchement belle aux réalités sans fin, aux paysages éternels, ce monstre de beauté que nous ne saurions tuer, la France est immortelle comme tous ces êtres qui n'ont pas de corps, qui n'ont pas de nom, demain la France aura peut-être un cri d'horreur, ou nous l'aurons, et alors...
Et alors tout cela ne sert à rien. Je parle de la France pour ne pas parler du reste. Ne pas y penser serait inutile, c'est comme une musique de fond. J'écris son nom encore et encore jusqu'à ce que toutes les lettres se confondent, que le papier soit couvert de carbone. Je ne pense qu'à cela, c'est devenu le texte de mes pensées, un tissu qui relie tous mes instants entre eux, dont je ne sais pas me libérer. Est-ce que je suis ... est une idée aussi stupide que celle de la France qui est belle. Sait-on jamais ce genre de choses ? Les livres se contredisent tous, je ne comprends la vie que lorsqu'elle est écrite dans un livre ou qu'elle pourrait l'être. En somme, je ne comprends jamais rien, je fais illusion comme je peux, mais je le sais très bien. Je fais semblant de croire à ce mensonge farcesque qu'est la réalité, c'est en vérité un jeu difforme et adorablement sadique, aussi dans le fond rien ne compte.
Je ne dis pas toute la vérité. Rien d'autre compte ne que cela, mais si je me l'avoue je risque de ne pas dormir ce soir, de ne plus dormir du tout, ou plutôt encore moins, parce que dans mes rêves je ne dors pas, je pense à ça.
C'est peut-être un sentiment factice, inventé pour tromper l'ennui, ce ne serait pas la première fois que je ferai cela, mais cela ne change rien. Je ne sais pas décrire ce que je vis, évidemment que c'est un mensonge, que c'est la vérité, l'un est le revers de l'autre, c'est un cri implicite dans la gorge du diable que tous ces sentiments qu'il ne connaît pas, qu'il ne m'a pas appris, que je fais semblant de vivre pour mieux le tromper, pour qu'il croie que je ne les connais pas, que je ne les vis pas, alors que dans le fond, il sait aussi bien que moi ce qu'il en est. Mais lui non plus ne dit rien, il enfonce sa griffe velue dans mes joues et y dessine ces deux fossettes que je me suis découvertes un matin tôt, qui m'ont fait peur puis m'ont finalement confortée dans l'idée évidente, simple et compliquée, qu'en moi, le mélange entre le temps, la matière et l'espace n'a pas vraiment marché. I think this is not working, a dit le condamné à mort. Chose que je ne dirai pas : je ne suis pas une condamnée à vie.
Publié par Hada à 18:04:02 dans So what ? | Commentaires (0) | Permaliens
Vous venez d'ouvrir les pages de mes exercices d'écriture.
Parce qu'un jour, je serai écrivain, que vous me lisiez ou non ! Donc, tout ce qui est écrit ici est de moi, ainsi que les photos (mais comme toujours, il y a des exceptions...)
Ah oui, tant que j'y pense "Quand je ne vais pas bien, je le dis". Eh bien moi, je vais enfin bien, et je remercie ceux qui par leurs sourires, leurs présences, leurs attentions, leurs paroles, m'ont consciemment ou inconsciemment soutenue et aidée...
(Félons, tremblez, j'aurais votre mort ]:) )
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